Ma vie sans eux, les hommes de ma vie.
Ma vie sans vous, passeurs dans ma vie.
Ma vie ici, vous loin de ma vie.
Elle s’est construite ma vie et parfois déconstruite. Comme un ouvrage de couture, une broderie. De celle que l’on brode interminablement, ou que l’on pose là, pour la reprendre un autre jour, à la fenêtre d'une lumière plus éclairante. Ou bien l’on découd tout pour y revenir, calmer ses désaccords, faire paix retrouvée, s'y remettre, rebroder, en mieux, en s’appliquant, tenter du moins. Les bains de couleurs des fils peuvent s’harmoniser, ou pas. On recommence, discipliné, les aiguilles se cassent, les fils s’emmêlent. La passion reste, l’envie de fabriquer, de créer, de terminer, d'être fière, d'en être heureuse, on flâne en regardant l’ouvrage. Ses imperfections, les doutes, les contours, mille questions.
Certaines ruptures m’ont laissées bouleversée, déracinée, inapte, traversée, comme apatride.
Moi l’insulaire. Irréparable, inconsolable et pourtant. Le temps fait son travail, comme ça, un imprévu, un malentendu, même un beau jour d’Automne ensoleillé.
J’ai regardé longtemps la branche lourde du marronnier, celle que l’on aperçoit depuis la fenêtre, qui donne sur la cours de l’école. Ses feuilles dorées, brillantes à travers le soleil de novembre, peu agitées, tout juste humides.
Je me suis souvenue de cette statue de la vierge, à l’Abbaye de Fontenay, photographiée maintes fois. Contemplée souvent, à s’en user les yeux. Elle, si dépouillée, portant son enfant. Bien haut, de son bras gauche. Son sourire douceur, accueil, la vie, là.
Est-ce son dénuement, son apaisement, le poids de l’enfant, la complicité, la chaleur qui s’en dégage, sa facilité à le porter si haut.
On porte en soi la construction fragile de sa vie.
M@claire © Droits Réservés



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